Silëna la défiante

De Nagdad
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Silëna la défiante est une gotterienne d'origine rëgasienne. Elle est connue avoir tenté de faire respecter les droits des indigènes dans la onzième province de l'Etat gotterien.

Née en 1227 dans un des plus importants chef-lieux de la onzième province, ses parents jouissaient d'un statut relativement privilégié en tant qu'artisans. Elle grandit pour devenir une jeune femme élégante, joviale et téméraire, jusqu'à l'invasion de Quilan le Fléau en 1242. Sa province, facilement défendable, fut largement épargnée par les conflits, mais l'Ordre de l'Imperfectible fut saigné à blanc. De nombreux indigènes s'étaient rangés aux côtés de Quilan, et ça, l'Ordre n'était pas près de le pardonner.

Une fois la guerre terminée, en 1244, Silëna et sa famille durent faire face à un renforcement de la ségrégation raciale, encouragée par le Commandeur Udṙaeṙ Gueux-buteur. Celui-ci favorisa systématiquement les gotteriens de la race des hommes de l'ombre, au détriment des indigènes. Par exemple, les demandes de subsides soumises à l'hospitalier local ne recevaient de réponse positive que s'ils provenaient d'hommes de l'ombre, et non d'indigènes, et ce malgré les preuves de piété de ces-derniers. De plus, les milices étaient exclusivement recrutées parmi les hommes de l'ombre, et commettaient de fréquentes exactions sur les indigènes, le tout dans la plus grande impunité. Il n'était pas rare qu'un indigène soit battu à mort pour des faits aussi minimes que le vol d'un pain. Cette ségrégation consistait déjà une atteinte à la légalité, mais ne faisait pas suffisamment de bruit que pour poser problème à Udṙaeṙ, qui se satisfaisait du faible taux d'indigènes dans sa province. Il se vantait même de diriger la seule agglomération gotterienne dépourvue du moindre gueux, comme il nommait les indigènes sans considération pour leur statut.

Dégoûtée par la situation, elle convainquit ses parents de vivre quelques temps à Nobleroc afin de découvrir cette ville, où, disait-on, tous étaient traités de la même manière. Elle était alors âgée de 18 ans. Là-bas, elle parvint à force de détermination et avec une bonne dose de chance, à se faire une place en tant que comédienne. Son sens de l'humour et ses talents d'actrices lui permirent de devenir relativement réputée, et elle pu en apprendre beaucoup sur le cadre juridique de l'Ordre. Ainsi, elle savait que la race n'importait pas au niveau du statut et des droits officiels des citoyens gotteriens. Seul la pratique exclusive du Culte de l'Imperfectible était nécessaire pour jouir de ces droits.

En 1246, elle reçu un visiteur envoyé par ses parents qui lui annonça que son frère avait été battu à mort par la milice sous prétexte qu'il encombrait le passage d'un pont avec sa charrette. Furieuse, et parfaitement consciente qu'il s'agissait là d'une grave infraction à la loi, Silëna décida d'instruire les indigènes de la onzième province afin de les aider à faire valoir leurs droits et mettre fin à ces exactions. Elle rencontra rapidement un grand succès, aidée en cela par son talent pour la mise en scène. Très vite, elle pu organiser une série de marches de protestations. Consciente qu'un citoyen pouvait facilement être condamné à mort pour "incitation à la rébellion", elle fit en sorte que son mouvement reste pacifique.

Lorsque Udṙaeṙ eu vent des protestations dans sa province, il envoya Nakṙaz le fratricide, le Maréchal de la province pour disperser les manifestants. En voyant arriver les troupes de l'Ordre, Silëna cria haut et fort à qui voulait l'entendre qu'il s'agissait d'une grave violation de ces droits civiques et que toute atteinte physique à leur égard serait rapportée en haute instance. Craignant qu'un citoyen ne le dénonce auprès de l'inquisition, Nakṙaz joua la carte de la prudence, et fit son rapport à Udṙaeṙ. Furieux, celui-ci lui intima de trouver une solution "peu voyante", afin de leur faire comprendre à quel jeu ils jouaient.

Nakṙaz pris son rôle très à cœur, et envoya un détachement de cavaliers qui pénétrèrent de nuit dans le village de Silëna. Ils repérèrent sa maison, y enfermèrent ses habitants et y boutèrent le feu avant de s'éclipser aussitôt. Malheureusement pour lui, Silëna était en réunion avec d'autres responsables de son mouvement de protestation, dans une autre bourgade. Et on venait de massacrer ses parents et sa plus jeune sœur.

Se faisant passer pour morte, elle parvint en quelques semaines, avec le soutien de la population locale, à convaincre des milliers d'indigènes de se rassembler pour une marche à Mornetour afin de réclamer justice. Ainsi, sans que Udṙaeṙ ne l'ait vu venir, des indigènes commencèrent à s'amasser au compte-goutte devant la citadelle. D'abord une dizaine, puis des centaines, puis des milliers. Et soudain, Silëna sorti des rangs réclama justice devant les portes de Mornetour. Udṙaeṙ, fou de rage, feignit de bien vouloir négocier avec eux s'ils prenaient la peine de le rencontrer dans son château, au centre de la citadelle. L'honneur était grand, car si tous peuvent officiellement pénétrer à Mornetour, seuls les membres de l'Ordre ont accès à l'enceinte interne de la citadelle. Persuadée que Udṙaeṙ craignait que son mouvement ne prenne de l'ampleur, elle s’avança dans la citadelle à la tête de près de 5000 indigènes, sous les regards incrédules des frères de l'Ordre. Lorsque tous eurent pénétré au delà de l'enceinte interne, hors de vue des habitants ne faisant pas partie de l'Ordre, Udṙaeṙ fit fermer les portes. Alors, s'adressant à Silëna, il la remercia de lui avoir offert l'occasion rêvée de se débarrasser des gueux les plus abjects de sa province, et le massacre commença. Il dura pendant des heures, et aucun ne fut épargné : femmes, enfants, vieillards, ... Quelques frères de l'Ordre, horrifiés par les événements, tentèrent de s'interposer. Pour Nakṙaz, il s'agissait là d'une abjecte trahison, et il ordonna qu'ils fussent mis à mort au même titre que les gueux qu'ils aimaient tant. Il les fit ensuite égorger "pour donner le change". Le cadavre de Silëna fut quant à lui exposé sur les remparts de Mornetour afin de servir d'exemple aux futurs rebelles.

La version officielle des événements affirmait que Silëna avait tenté d'assassiner Udṙaeṙ, et que les indigènes avaient pris d'assaut les quartiers de l'Ordre, armés de coutelas. Heureusement, Nakṙaz avait prévu l'éventualité, et les rebelles avaient été matés sans avoir pu causer de trop gros dégâts, bien que quelques frères eussent péri dans la bataille.

Satisfait, Udṙaeṙ ne compris pas tout de suite qu'il avait commis une erreur de taille. Instruits par Silëna, les survivants du massacre, qui n'avaient pas participé à la marche, se rendirent aussitôt à Nobleroc pour plaider leur cause devant Latmolk le Généreux, Grand Hospitalier de l'Ordre. Celui-ci, terriblement affligé par leur sort, en référa à Bizol le Tenace en personne. Furieux, celui-ci convoqua aussitôt Udṙaeṙ, et le fit juger par le Grand Inspecteur Inquisiteur des Tribunaux, Laeṙn Hauteflamme. Ce-dernier était peu enclin à prendre le parti des indigènes, mais Udṙaeṙ avait enfreint deux règles importantes : le respect du code d'honneur, en bernant les manifestants, et le respect de la justice, en autorisant la milice à mettre à mort des indigènes sans qu'ils n'aient commis de faute grave. Udṙaeṙ protesta : les indigènes avaient tentés de l'assassiner, et avaient tué plusieurs frères ! Laeṙn envoya alors l'inquisition mener l'enquête à Mornetour. Persuadé qu'il ne trancherait jamais en sa défaveur, de part son mépris des indigènes, Udṙaeṙ accepta avec joie. Il ne pris donc pas la peine de masquer les éléments douteux, et Laeṙn eu rapidement vent de rumeurs affirmant que les frères avaient été égorgés non pas par les indigènes, mais par d'autres frères. Soumis à la question, l'histoire se révéla fondée, et l'affaire tourna mal pour Udṙaeṙ, Nakṙaz et les soldats fratricides. Tous furent convoqués à Nobleroc, où Laeṙn les dépouilla de leur statut de frère, et les condamna à la mort réservée aux faits les plus graves : la dodéca-guillotine. Doloṙoṙ Mortepitié, Grand Maréchal de l'Ordre qui tenait Nakṙaz en la plus haute estime pour ses compétences militaires, tenta d'interférer, mais compris rapidement qu'il valait mieux garder silence afin de préserver sa position pour un affrontement futur que de risquer d'être condamnée à son tour. De son côté, Laeṙn triomphait : il venait de renforcer l’autorité inquisitoriale sur la loge militaire.

L'exécution fut rendue publique, sur la grand place de Nobleroc, afin que tous les citoyens puissent voir le sort réservé à ceux qui bafouent les droits civiques, car tous les citoyens gotteriens servant l'Imperfectible étaient sur le même pied d'égalité. C'est en tous cas le discours que tint Bizol, et s'il probable qu'il ait réellement cru que ce procès de 1247 rendait justice aux indigènes massacrés, la plupart des membres de l'Ordre savent que ce procès a surtout condamné la mise à mort des quelques frères ayant tenté de s'interposer.

Néanmoins, ces événements constituent un avertissement pour les frères faisant ouvertement preuve de racisme, et un signal positif pour les indigènes.